Lyon des Cendres - tome 3 : L'oeil du serpent

Lyon des Cendres (T3) : "un récit implacable"

Ayant appréciée les deux premiers tomes pour l’ingéniosité de l’intrigue qui se coule habilement dans les méandres de l’Histoire, je suis ravie de me plonger enfin dans la suite.

1794, Lyon est littéralement exsangue. La population est à fleur de peau car lassée des exactions commises par celui que l’on surnomme “Le mitrailleur”. Les hussards, aussi, ont un compte à rendre avec ce Fouché, surtout depuis qu’un général de la République est enfermé dans ses geôles. Sans parler des royalistes qui n’ont pas dit leurs derniers mots, malgré leur nombre minoritaire. Dans ce charivari ambiant, qui des hussards, des royalistes, des jacobins ou du peuple lyonnais aura le dernier mot pour extirper Lyon du charnier dans lequel elle est tombée et surtout lui faire cracher tous ses secrets ?

Dans L’œil du Serpent, les tensions se cristallisent et l’intrigue se resserre autour des protagonistes qui portent cette histoire. Au fil des pages, les enjeux se dévoilent et nous laissent entrevoir les forces occultes en présence qui utilisent les personnages comme des pions à avancer ou à sacrifier afin de gagner la partie.

Dans sa saga, H. Laymore joue beaucoup avec les événements historiques qu’il s’est réappropriés pour servir à dessein son récit. Aussi, il se sert de la mise à sac de la ville de Lyon par Jean-Marie Collot d’Herbois et Joseph Fouché pour lui instiller une aura ésotérique, exacerbée par la présence des membres d’une secte religieuse ou de séides tirant leur pouvoir d’entités agissant dans l’ombre. Ici, la mort et la souffrance infligées à la population dans l’enceinte de la ville viennent nourrir les pouvoirs de divinités déchues ou d’êtres surnaturels qui se disputent l’influence pour asseoir leur puissance.

Il est fascinant de voir comment dans Lyon des Cendres, H. Laymore a tissé sa toile autour de figures historiques notables comme ce général François Christophe Kellerman, envoyé pour réprimer la révolte lyonnaise contre la Convention qui sera emprisonné treize mois durant et échappera de peu à l’échafaud, et que l’on retrouve ici à commander du fond de sa geôle les Hussards de la Mort de manière plutôt sibylline. En outre, l’auteur s’appuie également sur des acteurs qui ont pesé sur le destin de Lyon, à l’image des Convultionnaires qui interprétèrent la Révolution comme un temps de déchaînement de la colère divine nécessaire à l’accomplissement des desseins de dieu, en leur attribuant notamment ici de grands pouvoirs occultes. Ainsi, une sombre magie est à l’oeuvre ici et vient s’enrouler autour de l’Histoire pour lui donner un vernis mystérieux.

Dans L’œil du Serpent, la plume mordante de H. Laymore nous déroule un récit implacable aussi bien avec ses protagonistes qu’avec ses lecteurs tant le rythme y est nerveux et les rebondissements surprenants.

Pléthore de personnages viennent tour à tour jouer un rôle décisif dans cette saga. Néanmoins, certains retiennent davantage l’attention comme Laurent d’Orléac. Devenu hussard par la force des choses, il n’en demeure pas moins un fidèle élément. Nourri par des frustrations et des traumatismes d’enfance, Laurent est un homme ambivalent dont la force de caractère se dispute à une certaine faiblesse. Pétri des meilleures attentions, il est un être malléable pour qui sait manipuler. Son histoire nous touche, son destin nous surprend à bien des égards et nous fait couler de nombreuses larmes. A contrario, sa sœur Claire semble taillée comme un roc. Elle est une figure monarchiste indomptable qui paraît ne craindre personne. Facilement frondeuse, elle n’hésite pas à braver tous les dangers pour défendre les couleurs de sa cause ou sauver les siens. Héloïse, elle, s’avère plus résistante que l’on pourrait le penser de prime abord. Elle a beau arborer bien des identités, se parer d’un masque froid, un cœur bat sous sa carapace et ne demande qu’à se rebeller.

Finalement, sous la plume de H. Laymore, on découvre de nombreux destins qui forment ensemble un kaléidoscope de regards différents posés sur un grand moment de l’Histoire de France.

Avec L’œil du Serpent, tous les jalons sont donc posés pour jouer la dernière partition qui promet d’être apocalyptique.

 

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