Je cueillerai la vie et je te l'offrirai

PointLand - L'Empire des points : "un récit original ancré dans notre réalité"

Pointland, pays imaginaire contrôlé par la notation sociale dans lequel tous les citoyens se conforment aux règles. Il faut dire que dans cette dictature, contrevenir à celles-ci vous fait perdre de précieux points et donc modifie votre statut social jusqu’au bannissement. Chaque habitant est connecté au système par sa montre, scanné en permanence par des caméras qui lui accorde (ou pas) le droit de se déplacer ou d’accéder à certains bâtiments.
 
Valmir est un contrôleur du Parti, un citoyen zélé qui croit en la notation sociale et la possibilité d’accéder aux hautes fonctions par celle-ci. Baigné dans les préceptes du Livre, il est enfermé dans la vision étatique. Naïf voire niais, il ne se rend pas compte des dérives du monde dans lequel il vit et pour lequel il travaille. Tzéga, de son côté, est une citoyenne lambda qui suit scrupuleusement les règles mais s’interroge sur le système. Elle rêve de libertés et, suite à un pari un peu fou, se teint une mèche de cheveux en bleu. Ce geste anodin sera repéré par le système qui se met en branle et fera de Tzéga une dissidente.
 
Après un début tonitruant qui nous plonge directement au coeur du système de notation sociale et de ses dérives, Florence Wells nous présente plus amplement les deux protagonistes, nous décrivant les deux facettes du système avec ses failles et ses abus. Les deux histoires menées en parallèle nous confrontent à une réalité oppressante. L’autrice évite les pièges d’un monde manichéen en nous présentant deux citoyens endormis par le conditionnement, où chacun de leurs gestes est scruté, décortiqué, où la liberté n’existe plus et l’idée de liberté guère plus. La tension est permanente dans ce monde où la délation touche toutes les couches de la société, de la lie au plus haut dirigeant, personne n’est tranquille, personne n’est à l’abri. Dans la fin de la première partie, l’histoire perd un peu d’intensité et baisse de régime avant de rebondir dans une seconde phase beaucoup plus rythmée et beaucoup plus “révolutionnaire”. Là encore, contrairement à beaucoup d’autres, l’autrice joue avec son univers mais ne casse pas tout ce qu’elle a mis du temps à créer, elle garde cette crédibilité en n’ajoutant qu’une pointe d’espoir dans ce monde délétère.
 
La structure narrative du roman est intéressante, tout comme l’évolution des personnages principaux et le rôle des personnages secondaires mais pour ne pas dévoiler certains ressorts de l’intrigue on se contentera de féliciter Florence Wells pour ses choix sortant des sentiers battus. Pointland permet aussi d’éveiller les consciences, de nous mettre face à notre propre endormissement, de mesurer notre degré de connectivité au système et de visualiser la dérive que sont en train de prendre les démocraties occidentales. C’est aussi une réflexion sur la société en général, sur la liberté, l’égalité et la fraternité, un récit politique au sens noble du terme.
 
Pour conclure Pointland est une énième dystopie mais sans l’accumulation de poncifs, un récit original ancré dans notre réalité, écrit par une autrice qui mérite d’être mise en lumière et publié par une maison d’éditions que l’on gardera à l’œil.

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